Lettre n° 128 : 4-3-3 ou 4-3-2-1, ou 4-3-1-2 ?


Alors que Roselyne Bachelot s’apprête à déserter l’Avenue Duquesne pour sauver le soldat Domenech, une partie de la France réfractaire à la vuvuzela se passionne encore pour la tactique à déployer sur le terrain médico-social. Les ARS ont-elles vraiment une chance de nous qualifier pour la modernité de la gouvernance en santé ?

Avec nos plus plates excuses à ceux que révulse la métaphore footballistique, analysons donc, puisque l’actualité l’autorise aujourd’hui, les arguments en présence et leur configuration sur le terrain.

En défense, quatre constats qu’on qualifiera d’« incontournables » :
-    une incontestable dynamique des acteurs : trois réunions quasi-simultanées en attestent. 1/ le rafraîchissant duo de Pierre-Jean Lancry (Basse-Normandie) et Christophe Jacquinet (Picardie) devant les hôtes de la rencontre Dessein de l’Université Paris-Dauphine, 2/ la très tonique prestation de Marie-Sophie Desaules (Pays de la Loire) devant ses hôtes de l’Union des Médecins Libéraux réunis en congrès à La Baule ; 3/ la solide prestation de Claude Évin devant le Club des Asclépiades à Paris. Tous ces gens dégagent une foi communicative ;
-    un mode rémunération « incitatif » des directeurs d’ARS, fondé (pour 20%) sur le respect d’objectifs personnalisés (ex. : ramener dans la moyenne nationale le nombre de territoires sous-dotés en MG). Ces objectifs chiffrés figureront en annexe des CPOM1 prochainement soumis à la signature personnelle des DARS ;
-    un calendrier « volontariste » : les CRSA2 seront en place en juillet, les URPS 3 seront opérationnelles avant la fin de l’année, juste à temps pour espérer produire –comme les ARS en ont reçu commande– le PRS4 avant l’été 2011. Soit trois schémas authentiquement innovants (prévention, soins ambulatoires et médico-social) pour un seul déjà « balisé » (soins hospitaliers). Là encore peu de place à la palabre ;
-    un consensus implicite sur les objectifs de la Loi HPST . Quoiqu’en disent les contempteurs de la Loi HPST, l’émergence d’un nouveau modèle fait, sur le terrain, l’objet d’une impatience surprenante. Les projets de maisons, ou pôles, de santé pluridisciplinaires se multiplient, les prototypes de télémédecine abondent, et même, à en croire Claude Bronner de la formation Union Généraliste, une région aussi emblématique que la Bretagne s’apprête à présenter une liste… unitaire aux prochaines élections professionnelles du 29 septembre.

Au milieu, des arguments ambivalents, susceptibles d’alimenter l’optimisme ou, au contraire, le doute :
-    la notion de territorialité, dont on ne sait précisément aujourd’hui si le dossier est déjà clos, du fait de la DGOS 5, auteur d’une communication « définitive » sur le sujet ;
-    l’absence de fongibilité des enveloppes qui « rétrécit » considérablement la liberté de manœuvre des DARS6: pas moyen, concrètement de « flécher » sur le médico-social des gains générés sur le poste hospitalier ce qui apparaît déjà préjudiciable en gérontologie où les EHPAD 7pourraient opportunément permettre quelques économies au court séjour ;
-    une méconnaissance sociologique dommageable du secteur ambulatoire par la totalité des exécutifs d’ARS. Dans l’ensemble des régions, il existe bien un axe ARS/ URML , très opérationnel semble-t-il et contrastant singulièrement avec un ECG8 national absolument plat. Mais l’ingénierie interne, en capacité de « porter » l’élaboration d’un SROS9 ambulatoire, fait cruellement défaut.

En attaque, les véritables leviers qui feront ou déferont le succès de la mission des ARS et dont Alain Coulomb, ancien patron-fondateur de la HAS , a dressé l’inventaire devant les congressistes de La Baule :
-    la crise de la démographie médicale, dont Elisabeth Hubert, chargée d’une mission de « déminage de conflit » par Nicolas Sarkozy considère elle-même qu’elle sera sans doute plus grave et plus précoce qu’attendu. Son seul avantage est qu’elle interdit l’immobilisme dans la totalité des 26 régions. « La pression rend intelligent » soutient Alain Coulomb ;
-    l’aptitude des directeurs d’ARS à réaliser du « sur-mesure » plutôt que d’imposer le prêt-à-porter conçu par le Comité National de Pilotage ( CNP ). Et un mot de la capacité des directeurs à s’émanciper de leur tutelle jacobine; aptitude à la « rébellion » selon le même A. Coulomb ;
-    leur capacité à lancer rapidement des « signaux clairs » à l’ensemble des professionnels, attestant de leur volonté d’une répartition équitable des efforts en l’absence de toute marge budgétaire,… Donner, en d’autres termes, du « grain à moudre » au dialogue régional.

Pour (re) distribuer le jeu au centre ou pour concrétiser (enfin) devant les buts… Cette réforme souffre en fait, comme l’équipe de France, d’un « N°10 » un peu charismatique !


1 Contrat Pluriannuel d’Objectifs et de Moyens
2 Conférences Régionales de la Santé et de l’Autonomie
3 Unions Régionales des Professions de Santé
4 Plan Régional de Santé
5 Direction Générale de l'Offre de Soins
6 Directeurs d'Agence Régional de Santé
7 Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes
8 Électrocardiogramme
9 Schéma Régional d'Organisation Sanitaire

 

 

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Commentaires  

 
0 #4 Entre optimisme et pessimisme (suite)Henri IV 21-06-2010 17:41
Vu de l'intérieur, celui qui connaît bien la musique et qui a joué avec les grands orchestres de l'administration de la santé sait déjà qu'aucune grande composition ne verra le jour. En effet, la faiblesse technique et l'incohérence dans la composition des équipes régionales, l'inertie structurelle des ARS, ne permettra pas d'écrire et encore moins de jouer les partitions que les professionnels de la santé et que les usagers espèrent.

Rendez-vous dans quelques mois pour pouvoir apprécier les premiers PRS symphoniques!
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0 #3 Entre optimisme et pessimismeHenri IV 21-06-2010 17:40
Lue de l'extérieur, votre lettre laisse une lueur d'espoir quant à l'écriture d'une nouvelle symphonie dédiée à l'organisation du système de soins. Sous la conduite magistrale de nouveaux chefs d'orchestre régionaux désignés par la haute administration française, on se suprendrait à vibrer sur des projets régionaux de santé osés et talentueux. Les amateurs de nouveautés attendront qu'on leur livre les nouvelles partitions pour dire si les résultats sont à la hauteur de cette ambition nationale.
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-1 #2 Réalismebib 15-06-2010 17:05
Les ars ont peut-être ici une belle carte à jouer:l'adéquation avec les réalités du terrain.Ainsi que très bien exprimé dans ce numéro,ils devront parfois pouvoir s'affranchir de leur tutelle dont l'irréalisme et l'absence de contact avec cette réalité pourraient expliquer une partie (...) des échecs observés jusqu'à présent.Il y a un choix à faire entre rigidité technocratique et réalité de terrain.Les résultats découleront de ce choix.
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0 #1 BlablaDocteurdu16 15-06-2010 14:46
Les ARS ne sont que le cache-sexe du gouvernement qui, depuis le scandale grippal, n'ose mêmes plus communiquer !
Evin est le fidèle applicateur des directives gouvernementale s, déteste les médecins généralistes et propose des mesures déirantes... Des exemples : plus une personne âgée aux urgences des hôpitaux ! Des soins palliatifs à domicile uniquement ! Et ad libitum.
Les MG vont souffrir et le Ministre de la Santé se cachera derrière l'ARS.
Quant à la médecine de proximité, nouveau concept énarquien, c'est du vent, du vent et du vent.
Bien à vous.
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