Lettre n° 130 : Déserts médicaux : renoncement en rase campagne

La vie sportive est ainsi faite que l’on ne se rappellera pas forcément du vainqueur de la Coupe du monde sud-africaine mais parfaitement des turpitudes péri-sportives de notre sélection tricolore. Pas forcément du lauréat du tournoi 2010 de Wimbledon mais parfaitement de la geste commune des modestes Nicolas Mahut et John Isner entrés dans l’histoire de leur sport avec une dizaine de records pulvérisés à la faveur d’un match-marathon de 11 heures 05.

Et la politique de santé inscrira dans ses tablettes le Congrès de médecine générale de NICE non pas pour avoir servi de fonds baptismaux à un Collège de la spécialité, pourtant attendu depuis 2 ans, mais pour avoir servi de théâtre au renoncement de Roselyne Bachelot à cette mesure emblématique de la Loi HPST , le fameux Contrat Santé Solidarité qui était censé réduire les déserts médicaux à l’horizon de 2012.

La ministre de la santé a donc très officiellement -à titre d’apaisement et en «preuve de [sa] confiance»- annoncé qu’elle renonçait aux deux dispositifs les plus controversés de « sa » loi HPST : les « déclarations préalables d’absence » auxquelles elle entendait soumettre les médecins libéraux d’une part et les « contrats solidaires » et … honnis d’autre part. Deux mesures inutilement vexatoires et, entre nous, parfaitement inopérantes l’une et l’autre et dont personne n’avait compris que la ministre s’épuise à en défendre la pertinence il y a tout juste un an devant une Haute Assemblée réfractaire.
La première était carrément « infantilisante », obligeant les médecins, et seulement les libéraux, à déposer leurs dates prévisionnelles d’absences, pour congrès ou congés, auprès de leur Conseil de l’Ordre. L’institution avait fait savoir que sa contribution n'était pas acquise et on savait la disposition évidemment vouée à ces poubelles de l’histoire, … qui débordent déjà de toutes ces hérésies administratives dont les politiques se déshonorent à les défendre…
La seconde n’était pas moins provocante mais sa finalité était en revanche parfaitement légitime, visant à apporter quelque soulagement au problème des déserts médicaux. Pour faire court, les riverains de ces déserts se retrouvaient comptables de leur (dis)solution, contraints d’aller y réaliser quelques vacations sous menace d’amendes pouvant se monter à 3000 euros… Le parfait prototype de la mauvaise réponse à une bonne question, car à peu près ingérable … sauf à vouloir provoquer une Saint-Barthélémy médicale !

Avec une telle hérésie politique, le gouvernement de Nicolas Sarkozy ouvrait un boulevard à son opposition médicale qui avait fait de l’anti-Sarkosisme primaire son fond de commerce électoral ! « Stop au massacre de la médecine libérale » proclamait ainsi la CSMF pour slogan de sa campagne aux URPS ; la voici, un peu gênée aujourd’hui, condamnée à encore plus de surenchère en exigeant désormais le « nettoyage complet » d’HPST.

Il reste, ce 29 juin, précisément trois mois aux syndicats de médecins pour se disputer les dividendes électoraux de ce nouveau recul gouvernemental après celui enregistré sur le DPC… Et il reste moins de deux jours à Roselyne Bachelot pour inventer une alternative crédible à son défunt Contrat Santé Solidarité puisqu’elle a convoqué ce jeudi à 9 heures les 26 directeurs d’ ARS , désormais chargés de pallier les conséquences de sa retraite tactique.
Elle devra leur faire partager les quelques idées qu’elle se fait des « réponses les plus adaptées » à un problème qui ne saurait demeurer longtemps en friche. A moins qu’elle imagine en laisser la responsabilité à Elisabeth Hubert qui, après tout, a également recueilli une partie du dossier au nombre des « évolutions structurelles » souhaitées par le président de la République dans sa lettre de mission.

Le sujet n’est pas simple comme en témoigne l’intervention, la semaine passée à la tribune du colloque organisé par le Groupe Galilée sur les MSP, de Mme Solange Ménival, vice-présidente du Conseil régional d’Aquitaine, et qui n’avait pas de mots assez durs pour fustiger « ces parisiens » qui imaginent, en substance, que « les assemblées territoriales se satisferont d’abonder un éventuel fonds financier, distribué par un guichet unique siégeant … à l’ARS ».

On avait pourtant cru comprendre, à écouter Roselyne Bachelot le 15 juin dernier devant une session plénière du Sénat convoquée en salle Médicis (et non dans l’hémicycle) que c’était pourtant là… son intention.
En un mot, ce sont donc bel et bien les directeurs d’ARS qui héritent du bébé avec l’eau du PRS (Projet Régional de Santé), à charge pour eux de trouver la pierre philosophale susceptible de réunir un consensus régional.
Un joli challenge à la mesure de 26 personnalités un peu trop enclines en ce moment à confondre ARS et… RAS !


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Commentaires  

 
+2 #2 FonTs baptismauxRemy 05-07-2010 08:30
Le terme "fonts baptismaux",utilisé ici dans son acception symbolique, vient du latin "fons,fontis"=la fontaine, et s'écrit donc avec un "t", le distinguant donc du "fonds" ou "fond", "partie la plus basse de qqch".
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-1 #1 Application des loisJACKSON 30-06-2010 09:14
Une question, juste une question :

Dans quelle mesure un ministre peut s'assoir sur des dispositions prévues par la loi et décider de ne pas appliquer ce qu'a décidé le législateur ?
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