Passe, impasse … et perd
La Lettre de Galilée n° 201
L’élection qui vient serait-elle vouée à ne receler aucune surprise avec un challenger solidement cramponné à son statut de favori et un sortant soudain déventé qui jouerait son image d’homme d’État sur ses… 100 derniers jours, en une sorte d’état de grâce inversé ?
Une certitude : si le scrutin du 7 mai prochain est conforme aux augures des sondages, c’est moins à la défaillance de son sens tactique que Nicolas Sarkozy devra son échec qu’aux anticorps qu’a fabriqués sa politique au fil du quinquennat. François Hollande ne serait plus, dans ces conditions, que le vainqueur sans gloire d’un sortant consacré « perdant magnifique », dictant même le calendrier et ses options depuis l’outre-tombe : faudra-t-il conserver ou non la TVA sociale au 1er octobre 2012 ?
Heureusement que les gazettes arrivent encore à maintenir le suspense : et si... Marine Le Pen était vraiment absente, François Bayrou plus convainquant, Eva Joly moins soporifique, Jean-Luc Mélenchon moins mélenchonesque… Et s’il y avait des idées un peu neuves ? Toutes hypothèses d’école qui nous éloignent de cette réalité un peu roborative : il faut déchanter et « faire avec ».
Avec des candidats qui n’ont rien d’hommes providentiels et avec des programmes qui ne brillent guère par leur originalité… On se croirait dans un feuilleton de « Plus belle la vie ». Du moins dans le créneau qui nous intéresse, celui de la santé de nos concitoyens et des réformes nécessaires à pérenniser une certaine conception de la solidarité.
On passera sans plus s’arrêter sur ce qui est censé servir de viatique idéologique au parti du président : depuis sa convention-santé d’octobre dernier (voir Lettre n°185), qui avait au moins le mérite d’ouvrir des pistes, l’UMP n’est sortie de sa léthargie auto-satisfaite que pour railler l’adversaire. Pour le reste, on est dans l’exorcisme et l’impatience partisane d’en découdre enfin ! Le Pr Philippe Juvin, qui anime avec beaucoup d’abnégation une équipe de militants, le sabra Xavier Bertrand ou la dévouée Roselyne Bachelot font épisodiquement le service minimum pour vomir les propositions socialistes… Mais le cœur n’y est visiblement plus ! Même les députés de la majorité sortante s’affichent plus soucieux de leur propre réélection que du sort de leur ancien mentor comme en témoigne l’amusant débat de la proposition de loi Vigier (Nouveau Centre), censurée par ses pairs quand l’intéressé était convaincu de répondre utilement aux inquiétudes des électeurs.
Le sujet n’est pas forclos. Il souligne à quel point la question des « déserts médicaux » mobilise au fin-fond des provinces jusqu’à constituer, sans doute, un authentique thème des législatives qui suivront la présidentielle… Mais de toute évidence, les impétrants à l’Élysée ne veulent pas se mouiller le petit orteil sur le sujet… Même – et c’est l’objet de la première surprise – un François Hollande qu’on attendait pourtant sur ce dossier-là, réclamé par le chœur unanime de ses partisans à la recherche de propositions « clivantes ». Diable, il faut savoir assumer ses couleurs !
Le programme thématique qu’il a détaillé la semaine passée fait certes le choix d’une approche « territorialisée », mais exclusive de toute idée de « coercition ». Ce renoncement signe, en fait, un authentique « scoop » : à l’inverse de ses prédécesseurs (Ségolène Royal ou Lionel Jospin), le candidat de 2012 ne fait nullement « l’impasse » sur l’électorat médical ! Avec sans doute quelque raison s’il faut en croire le sondage (un peu confidentiel car grevé d’un petit défaut de représentativité) de l’excellente revue du JIM1 : si Nicolas Sarkozy y arrive en tête, à 39% des intentions de vote des médecins, les deux François (Hollande et Bayrou) font jeu égal à quelques longueurs seulement !
Cet opportunisme se lit encore dans la tonalité très « hospitalocentrée » du programme à un point tel qu’on a le sentiment que son rédacteur a beaucoup usé de la fonction « copié/collé » avec la plate-forme de la FHF (Fédération Hospitalière de France) du 11 janvier. Mais comment lui en tenir grief quand on se souvient qu’il s’agit de son principal gisement électoral ?
Il est toutefois un sujet sur lequel l’intéressé va devoir impérativement « sortir du flou » : la question des dépassements d’honoraires. Là, le discours officiel est parfaitement limpide. Citation : « Je procéderai à l’encadrement des dépassements d’honoraires par spécialité et par région ». Voilà qui ne souffre guère de problème d’interprétation. Or ceux-ci surviennent à la lecture des propos de Michel Chassang, sortant d’une audience avec le candidat : la
CSMF
s’y déclare prête à travailler avec lui (comme si elle en avait le choix) « s’il est élu [et] pour peu que le dialogue social soit respecté ». Et voilà que les honoraires libres feraient subrepticement leur retour au chapitre de la négociation ?
On s’éloigne des grands principes ! Quand la Mutualité et l’association Que Choisir, excusez du peu, font le pari conjoint que, justement, François Hollande serait rapidement mis en demeure de mettre un peu d’ordre dans ce capharnaüm !
« On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens », soutenait le Cardinal de Retz… grand inspirateur d’un ancien président du nom de François Mitterrand qui, avant et après l’exercice du pouvoir, se servait de cette maxime comme d’une béquille doctrinale.
La référence est elle-même ambivalente : auspice à la fois favorable… mais tellement péjorative ! François Hollande serait assez inspiré de faire le deuil… de cette source d’inspiration.
1- Journal International de Médecine
